La Dame de Gausvik:Anna Rosa.
Elle est née en 1892, au fond d'un fjord norvégien, entre les ports de Stanger et de Bergen, au chantier de Gausvik précisément. Caboteur à voile par sa fonction la plus fréquente, mais parfaitement amarinée pour la haute mer elle est un peu avant l'heure l'équivalent de nos gabarres: 21 mètres de long, 5.90 de bau, 3 de tirant d'eau Gréée en ketch(prononcer "galéasse") c'est quand même un oiseau plus fin que les gabarres. La jauge brute ( 50 tx pour Anna Rosa, au lieu de 75 pour Dieu Protège) est relativement faible à longueur égale mais la voilure ébouriffante jusqu'à 320 m² contre 200 ! Historiquement ces galéasses s'affairaient au commerce dans toute l'europe, en concurence avec des trois mâts plus importants. C'est ce type de navire qui livrait la rogue aux ports sardiniers bretons. Douarnenez a donc un lien tout particulier avec Anna Rosa.
Anna Rosa rentre en chantier : Le 1er mars, à la pleine mer du soir,à la faveur d'un coefficient de 111, Anna Rosa sera posée sans grutage sur le chariot du chantier Tanguy. Ce sera le début d'un séjour de deux ou trois ans , à labri et au sec. L'objectif est la sauvegarde de la flottabilité et de l'étancheité de la coque. Premier diagnostic : Ouvert pour réparation en 1999, le bordé à proximité de l'étrave avait donné accès à une membrure totalement compostée, laissant imaginer le pire sur l'état de la charpente. La dépose en 2003 des emménagements et d'une partie du vaigrage permettait un examen par l'intérieur, et de limiter aux seuls abords de l'étrave les dégâts réels. Plus précisément, étrave, contre étrave et les trois premiers membres sont à remplacer. Cette intervention constitue la première tranche des travaux prévus. Les tranches suivantes concernent successivement : Le contrôle de l'état de la quille, doublée sur une très longue partie d'une fourrure en acier dont on ne sait si elle en corrige le contre arc, si elle consolide une fragilité ou si elle constitue simplement un lest extérieur. Le contrôle de l'état la membrure au niveau du local machines de l'aménagement précédent, vaigré bois et revêtu de tôle d'acier. La restauration de la ceinture en termes de structure et d'étanchéité. La restauration du bordage. Restauration : Dans notre conception, ce mot, plus que des travaux, recouvre une attitude qui s'apparente à celle de la fouille, en archéologie. Prudence, observation, questionnement sont de rigueur. En effet, Anna Rosa présente quelques singularités : Elle est construite en pin de norvège (pin sylvestre ?) enveloppe et structure, et assemblée à gournables (fortes chevilles en bois). La dépose du vaigrage d'origine, a donné accès à la membrure, jusqu'alors invisible. Elle est également constituée de pin, en pièces de bois tors, simplement équarries. Contrairement aux usages de la construction bretonne, il n'y a pas de croisure entre allonges de fond et allonges de haut, mais les écarts sont décroisés sur trois membres consécutifs. L'échantillonage est fort, 20 à 22 cm et la maille moins large que le membre. Les bois paraissent nus, ou plus exactement , les produits de protection du bois sont incolores et ne laissent pas de couche superficielle. Ces particularités, et d'autres restant à relever, peuvent remettre en question nos façons de faire habituelles, et demandent une réelle collaboration entre la conservation et le chantier, entre le quoi faire et le comment faire. Bref, de nombreux enseignements à venir...à suivre ! JL Dauga le 28 février 2010 |